Position officielle de l’AIISSQ sur l’AMM

/ avril 21, 2016/ Nouvelles

Réflexion sur l’aide médicale à mourir Pour la personne et ses proches

L’Association des intervenantes et intervenants en soins spirituels du Québec (AIISSQ), soucieuse de répondre aux besoins de ses membres, souhaite faire le point face à une nouvelle pratique qui les touche de près : l’aide médicale à mourir (AMM). En effet, certains membres ont souhaité connaître la position de l’Association sur le sujet. Ce court texte vous présente la réflexion du conseil d’administration de l’AIISSQ telle qu’elle se déploie, présentement. De l’opportunité de prendre position

Le premier élément que nous désirons faire ressortir, c’est le processus démocratique qui a conduit à la Loi concernant les soins de fin de vie, dont la 3e section balise concrètement l’AMM. Chacun peut bien avoir son opinion personnelle sur le processus, sur l’objectif ou sur la finalité de cette pratique. Il reste que cette loi a été adoptée, que sa mise en place a été préparée et que la pratique a maintenant cours de façon légale partout au Québec. Les établissements publics de santé ont la responsabilité de voir à son application. Ils en ont confié la gestion à des équipes interdisciplinaires, dont nous faisons souvent partie, comme ISS. Dans ce contexte, il n’est plus question de « prendre position » pour ou contre la Loi, mais de « prendre acte » de ce qui a été déterminé par nos élus et qui, incidemment, a été plus que confirmé par la Cour suprême du Canada dans l’arrêt Carter (février 2015). La dimension spirituelle en fin de vie

S’il y a un lieu où la spiritualité et son accompagnement démontrent leur pertinence, c’est bien dans les soins de fin de vie. L’alliance entre les intervenants en soins spirituels (ISS) et les réseaux de soins palliatifs est scellée de longue date. On comprend aisément qu’une telle étape de vie appelle un accompagnement spirituel solide, et ce, autant pour l’usager que pour ses proches. Il en est de même, lorsque la personne en exprime le désir, pour le discernement autour d’une demande d’AMM. Il y aurait un grand risque à négliger l’approche holistique promue depuis tant d’années parce que cette pratique est qualifiée de « médicale ». Tous les besoins de l’usager et des proches, qu’ils soient biologiques, psychologiques, sociaux, spirituels (incluant le religieux) ou autres, doivent être pris en compte dans les contextes de fin de vie, encore plus quand il s’agit d’un choix aussi lourd de conséquences que celui de l’AMM. L’accompagnement global de chaque personne devient donc une responsabilité commune de l’ensemble des membres des équipes soignantes. Accompagner la personne

Un accompagnement spirituel solide : qu’est-ce à dire? L’une des clés des soins spirituels, et ce, depuis de nombreuses années, c’est d’acquérir et de démontrer un grand respect de la vie spirituelle propre à la personne accompagnée. Cela comprend, bien sûr, une attitude empathique, mais également, parfois, une interpellation de la conscience de la personne pour la convier à une congruence entre ses valeurs, ses croyances et le sens qu’elle donne à sa vie, à sa souffrance, à sa mort et à son après-mort. L’ISS, par son rôle et par sa formation, a la compétence d’être ce vis-à-vis qui peut permettre à la personne d’exercer pleinement sa liberté de conscience dans ce contexte ultime. C’est là la posture fondamentale de l’accompagnement spirituel : marcher avec la personne, sur son chemin de vie, jusqu’à la fin… et quelle que soit cette fin. Toutefois, il serait contre-indiqué, pour l’ISS comme pour tout intervenant d’ailleurs, d’adopter une attitude d’objecteur de conscience qui se présente auprès d’un usager pour « lui faire changer d’idée », parce que son choix ne correspond pas aux valeurs que l’intervenant promeut. Dans un tel cas, il devrait plutôt se prévaloir de l’objection de conscience, prévue et encadrée par la Loi. Conclusion

La réflexion sur un vaste sujet comme l’aide médicale à mourir est impossible à tarir en quelques centaines de mots. Nous avons voulu, pour le moment, placer les assises d’une posture fondamentale qui dépasse et englobe cette question cruciale qu’est l’AMM. Qu’il nous soit permis de la résumer en prenant une formule choc : nous n’avons pas à être pour ou contre l’AMM, nous avons à être pour le patient et ses proches! Parfois, cela se traduira par une attitude d’accueil inconditionnel, parfois par un questionnement bienveillant, parfois aussi par le silence ou même le retrait. Nous comptons sur la collaboration de nos membres, de même que sur celle de toute personne de bonne volonté, pour garder vive cette importante réflexion dont nous n’entrevoyons pas le dernier mot.

Mario Bélanger, responsable du comité de la pratique professionnelle

Au nom du conseil d’administration de l’AIISSQ

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